lundi 22 juin 2020

101 - Eau froide

Quand je suis assiégé par le Soleil, assommé par ses coups de marteau, brûlé par ses rayons tyranniques, je plonge la tête dans un ciel de Farrah Fawcett pour me rafraîchir de son image.

Belle comme une boule de neige, aussi éclatante qu’une montagne de glace, elle brille sur moi telle une toundra éternelle.

Je suis un macho radical et me soumets à l’ordre phallocrate de l’Univers et de ses sommets. Entre l’homme et la femme, Dieu a décidé que la loi virile serait implacable. Alors je me dresse face à cet autre astre magistral nommé “femme” et dépose à ses pieds ma couronne de lumière.

– Eve, voici ma flamme, voici ma force, voici ma vérité ! Donne-moi ta fleur, ton eau et tes nuages. Fais-moi oublier le feu de l’été que je fuis car je suis ivre du désir d’ondes, de lacs, de vagues... Flatte mes légitimes appétits : lustre les casseroles et fais luire ta peau, médite en cuisine et parle-moi dans l’alcôve. Prépare mes festins en y mettant la chaleur du foyer et tout l’amour qui va avec !”

Mais ces mots idéaux n’étaient qu’un rêve, que des ombres. Et je me réveille sous l’étoile brûlante, plus assoiffé que jamais d’azur glacial ! Et le soir venu l’orage vient faire trembler le monde, effrayer ses créatures, inonder la terre, caresser mon front, abreuver mon âme. 

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jeudi 13 février 2020

100 - De la pourriture à la lumière

Parfois mes pensées, à la fois lucides et morbides, m'emmènent jusque dans les gouffres de la réalité la plus crue.
 
Ne voulant surtout pas occulter les aspects certes dérangeants mais réalistes des choses de ce monde, j'accepte de voir l'immonde, l'inconcevable, l'horreur.
 
Ainsi je décide de regarder le Soleil en face, c'est-à-dire le vrai visage de la mort, au sens propre du terme.
 
J'ose le vertige anti-esthétique.
 
J'imagine les traits de Farrah Fawcett sous l'ombre fatale, soumis aux lois du recyclage, se corrompant, s'anéantissant progressivement dans le secret de la tombe.
 
Alors, avec courage et audace, j'essaie de me figurer l'ignoble grimace résultant du processus de la décomposition des chairs. Avec la froide objectivité, le glacial détachement de l'oeil strictement scientifique, mon esprit me montre les hurlements et cauchemars de la putréfaction s'exerçant sur cette incarnation de la pure beauté.
 
Mais bien vite, et c'est un grand mystère que je ne puis expliquer, que je constate simplement, ma perception des distorsions naturelles issues de la pourriture du corps de cette femme change de manière extraordinaire !
 
Depuis les vues profondes -ou légères- de mon âme, les lambeaux de matière organique se réorganisent alors dans un nouveau tourbillon moléculaire pour former d'autres images, faire naître un portrait sépulcral différent.
 
Les particules désagrégées composant le bouillon macabre s'engagent dans un mécanisme de transformation des éléments encore plus affolant que celui attendu...
 
Sa physionomie liquéfiée par la destruction terrestre prend soudain des allures célestes.
 
Ses cheveux enroulés autour de son crâne commencent à étinceler. Sa tête devient une sorte de tournesol sidéral. Et lentement les substances éparses vouées à la ruine se mettent à tourner, l'ordure et le chaos se métamorphosant en une harmonieuse expression...
 
Et tout refleurit, tout brille, tout est lumière.
 
Au lieu de l'atroce déchirure de ses yeux, de ses joues, de sa bouche, au lieu de l'affreux rictus d'un cadavre, de l'horrible sourire d'une charogne, m'apparaît une splendide vision.
 
A la place d'un épouvantable amas désintégré de pestilence, je vois les spirales d'une galaxie.

99 - Rat crevé

En croisant ce matin un rat crevé, éventré, faisandé au bord d’un égout, je décidai de l’incorporer à ce présent texte et de l’associer à Farrah Fawcett.

Périlleux exercice littéraire, il est vrai.

Par une astucieuse gymnastique de plume, je dois donc faire un lien fulgurant entre la dépouille puante du rongeur et la face parfumée de la radieuse texane.

Histoire de briller pour rien. Ou de me ridiculiser avec fruit.

Partir de la charogne de cette bête aux viscères ouverts et putrides pour arriver au sommet de ce qui, sur Terre et bien au-delà, a été conçu en terme de perfection esthétique. Pas facile, penseront les âmes frileuses.

Je relève pourtant ce défi sans palme ni bénéfice. Mais plein de panache et d’artifices.

Que pourrais-je donc dire de sombre ou de lumineux, de sot ou de sensé, d’opaque ou de fin pour mettre de la flamme sur de la neige et rendre la pierre aussi digeste que l’azur ?

Tout en me posant ces questions puériles, stériles, frivoles, du bout de ma chaussure je m’amusais à remuer les restes de l’animal en décomposition.

Et puis, dans un subit élan de dégoût mêlé de mépris pour ce que fut ce nuisible de son vivant et ce qu’il est devenu après trépas, j’éjectai le cadavre d’un coup de pied leste et précis. Je le fis voltiger assez haut avant qu’il ne valdingue en quelque recoin éloigné.

En fait, sans le vouloir, je l’avais balancé dans un parterre de roses magnifiques.


Et c’est là que mes mots prennent racine.

Cette créature misérable, c’est une ordure de notre monde que j'ai jetée dans un jardin floral rédempteur.

Tandis que Farrah Fawcett c’est au contraire un champ de fleurs qui s’est déversé sur les misères de notre siècle.

jeudi 6 février 2020

98 - L'immortalité du sable

Elle était tout en ciel et denture.

Une tête de Lune au visage brillant. Avec une bouche ouverte sur un océan de brumes mystérieuses et de bleu glacé qui me rappellent les âpres étendues maritimes de Cayeux-sur-Mer.

A travers son front étincelant je vois, aujourd'hui encore, des sables lointains, des galets claquants, des vagues fécondes et de l'écume comme des flammes.

L'évocation de sa face florale aux reflets lunaires rend belles les flots sombres, tristes et infinis de la mer du Nord.

Morte depuis si longtemps, elle donne des éclats inextinguibles aux clartés de mon enfance et teinte d'azur le reste de  mes jours.

L'astre rayonna, se flétrit, se changea en charogne, puis en ossements.

Mais demeure pure lumière par la toute puissance de sa mâchoire ogresque, support marmoréen de son sourire céleste qui dans le coeur des vrais esthètes laisse un impérissable sentiment de beauté éthéréenne.

Je ferme les yeux et je revois ses traits ineffables dans les immensités de mon âme. Je les rouvre et je l'aperçois dans le trouble de l'horizon. Je m'endors et son fantôme onirique m'apparaît en pleine la nuit. Je me réveille et le rêve devient impression dure comme la pierre.

Preuves de l'éternité de la cause esthétique qu'incarna Farrah Fawcett.

lundi 27 janvier 2020

97 - Une présence céleste

Je rêvais de neige, de gelées, de cailloux et d'austères paysages.

Prisonnier d'un été idiot plein de soleil, saturé d'azur, dénué de nuages, stupide saison peuplée d'imbéciles en quête d'amusements stériles, je cherchais un lieu où fuir cette vulgarité, un ciel dense dans lequel m'échapper, un horizon d'évasion, crépusculaire, âpre, chargé.

Autour de moi, rien que des bipèdes immatures, laids et superficiels vêtus de shorts, animés de puériles intentions, avides de néant estival.

J'avais des envies supérieures, des désirs d'empereur, des appétits cosmiques. En moi brûlaient des flammes pures. Ou plutôt s'élevaient des montagnes de glaces limpides.

Partir, m'envoler, m'alléger, m'éloigner de ces poisseuses lourdeurs du siècle, tels étaient mes feux les plus urgents du moment.

Je me réfugiai dans l'ombre et la fraîcheur d'une église. Je me croyais seul mais je m'aperçus bientôt d'une discrète présence : silencieuse, immobile, une femme assise priait dans la pénombre.

Je m'approchai, hésitant, intrigué. La silhouette me paraissait issue d'un autre monde, venue d'une réalité lointaine, comme sortie de nulle part de tangible.

Je découvris ses traits : ils étaient radieux, profonds, marmoréens comme une Vierge de Michel-Ange.

Dehors les touristes et leur hideur n'existaient plus pour moi.

L'inconnue agenouillée m'attendait, je le devinais, et son visage lumineux ressemblait terriblement au visage de Farrah Fawcett.

96 - Face de Lune

Farrah Fawcett, vous étiez belle comme la banquise pétrifiée par le froid, aussi claire que l'onde qui ruisselle sur les sillons de mars, éclatante et nivéenne, pareille aux nuages peuplant le ciel de juin.

Votre mystérieux angélisme me porte cependant à vous imaginer plus hôte de la Lune qu'habitante de la Terre.

Allégée de tout prosaïsme. Couronnée de l'or de notre pâle satellite. Respirant l'infini du Cosmos.

Les pieds posés sur le sol lunaire, dotée d'ailes, parée d'énigmatique lumière, riche de tous les rêves de l'Univers.

Sur votre face de terrienne brillaient les reflets de la blonde Séléné.

Vous aviez la tête d'un spectre sidéral, le visage d'un oiseau stellaire, les traits d'une lointaine étoile.

Et la chevelure d'une comète.

Vos lignes étaient dorées, vos yeux aériens, votre air tout bleu. Et votre front plein d'immortalité.

Vous êtes morte quand même.

Mais le fantôme de votre beauté hante ce monde désert.

Au-dessus des vallées silencieuses, des plaines paisibles, des paysages figés, il plane pour l'éternité.

95 - Une lumière dans la ville

Les trottoirs étaient tristes sous les clartés de d’été. Mon pas se faisait lourd au bord des jardins désertés.

La localité figée dans une léthargie de fin de repas lui donnait des airs de nécropole sans goût. Parfois j’entendais de vagues bruits de vaisselle au loin, des voix du quotidien, des bribes de conversations sourdes... L’habituel et insignifiant pépiement humain des jours qui se ressemblent tous.

La ville endormie respirait l’ennui, la morosité, l’inertie.

Avec une intensité accrue, je ressentais cette saveur de l’ordinaire, fade et rassurante. Ce parfum prosaïque des réalités familières... Un air légèrement déprimant, subtilement anesthésique...

Le plomb de la platitude qui rend immortels les souvenirs les plus banals.

Bref, un dimanche de silence et d’agonie. Comme un deuil sous le soleil. Une ambiance mortelle de sous-préfecture en plein mois de juillet.

Et je déambulais, rempli de mélancolie, dans ce monde morne.

Un univers terne, pétrifié par les habitudes, plongé dans l’eau dormante des normes provinciales, figé dans la glu des certitudes dupontesques.

Au fil de mes pensées grises dans ces rues éteintes, mon spleen au lieu de sombrer dans le néant, l’obscurité, la stérilité se transformait en une volonté lumineuse d’envol céleste ! Afin d’y éprouver des vertiges glorieux, sentir des flammes sacrées, côtoyer quelque sublime oiseau...

Assoiffé de bourrasques d’automne, de tonnerre intérieur et de grêle hivernale contre ma face de loup, je n’étais plus qu’un bloc de rage devant un océan de médiocrité.

Et je filais à vive allure dans ces artères vides, furieux, impatient, en quête de miracle, résolu à terrasser l’immense torpeur de cette fatale journée et à affronter l’indicible !

Mais je ne croisai rien de phénoménal dans ma marche vengeresse. Nulle surprise fantastique au-dessus de ma tête enivrée de rêves. Aucun signe éclatant sur mon chemin de désolation.

Et puis soudain tout s’illumina dans mon âme.

Le feu désiré était en moi.

Et non au sommet d’une montagne, non dans les brumes de l’horizon, non au bout de la Terre...

Les profondeurs de mon être s’éclairaient et je posai un regard neuf sur les choses. Le spectacle de cette routine, de cette pesanteur qui m’entouraient ne m’affligeait plus.

Une image en filigrane embellissait la cité. Tout s’allégeait. Tout était joie.

Cette étoile, cette lumière, cette beauté logée dans l’invisible se nommait Farrah Fawcett.

lundi 20 janvier 2020

94 - Une question de lumière

Sur la plage j'aperçus une silhouette féminine dévêtue, frêle, qui mollement s'étirait, se prélassait sur le sable.

Les jeux d'ombres produits par le soleil cru de mi-journée accentuaient les angles de ce corps osseux.

Et je crus voir une sorcière !

Vision d'autant plus effrayante que sa chevelure éclatante faisait ressortir ses lignes sèches et ternes.

Cette femme coiffée avec soin et recherche, mais aux formes spectrales, m'apparut grotesque. Comme un cadavre paré des artifices de la vie. 

Je l'observais de loin d'un oeil moqueur, partagé entre franche consternation et fol amusement...

Je me dis que cette estivante devait être bien sotte pour se croire rayonnante...

Sa laideur en effet n'était nullement dissimulée, pas même amoindrie mais bien plutôt mise en valeur à travers cet apparat ridicule et simiesque. Un squelette affublé d'une perruque, voilà ce qui gâchait mon horizon !

L'épouvantail sommeillait sous l'azur, roulant bientôt sur lui-même pour exposer  à ma vue l'autre face de son horrible incarnation.

Cependant, ébloui par les feux féroces de l'astre et encore trop éloigné de mon objet d'étude, n'y tenant plus je voulus aller vérifier de plus près les comiques outrances de ce phénomène inesthétique, tenaillé par une curiosité certes pas très saine mais après tout humaine, compréhensible.

Je me dirigeai vers le monstre, l'air de rien, le regard furtif, le pas faussement flâneur.

A mesure que je m'approchais du laideron, ma perception de la lumière changeait. Le sujet de mes railleries, en devenant plus net, semblait étrangement moins austère.

En m'avançant encore, ses courbes qu'avec le recul je pensais affreuses car mal éclairées, s'adoucissaient de plus en plus...

Arrivé à sa hauteur, ce fut le choc.

Finalement je dus me rendre à l'évidence : le crabe que je distinguais  depuis une certaine distance était en réalité une sirène !

Et, comble de ma surprise, cette sirène portait le nom de Farrah Fawcett.

vendredi 10 janvier 2020

93 - L'infini

Sur le plan des sens Farrah Fawcett ne présente nul intérêt, selon mes critères.

Je la trouve non pas simplement banale mais même franchement terne. Pour ne pas dire  parfaitement dénuée d'attrait.

Avec sa chair plate, ses membres anguleux, ses os saillants, ses courbes étroites, cette femelle sans épaisseur, aux appas insignifiants, toute en sécheresse et austérité, fait pâle figure si je la compare à des déesses aux formes amples, aux lignes sulfureuses qui d'une seule étincelle de dentelle ou d'un simple éclat d'artifice, déclenchent de mâles incendies...

Elle ne provoque aucun orage profane en moi. Avec ou sans fard, elle laisse mes  humeurs froides. Qu'elle soit parée d'intimes atours ou qu'elle montre sa peau nue, mes viriles hormones restent en paix.

Elle n'ébranle point ma nature sensuelle, ne fait absolument pas monter mon écume, n'enfièvre pas plus mon front de rêves enflammés... 

Mais sait allumer en mon âme de prodigieuses lumières.

Sa face virginale, idéale, chaste et purement esthétique suffit à mon vertige.

Ses traits affolants, son air céleste et ses pommettes comme des comètes me font voyager de la Terre au firmament.

Et à travers ses yeux qui ressemblent à des nuages, je vois l'essentiel de l'Univers : la Beauté.

92 - Une journée bien remplie

Le ciel était lumineux, mon coeur était sombre, et la journée ne faisait que commencer.

Une mélancolie inconnue m'envahissait.

J'avais des désirs de nuages éclatants. De flots aériens épais et brillants. Mais l'azur demeurait désespérément bleu, vide, uniforme.

J'éprouvais l'impérieux besoin de voir la nue peuplée de joyeux fantômes de fumées, comme pour combler mon âme d'une présence magistrale. En proie à cette mystérieuse tristesse, je ne savais où diriger le regard, vers quoi trouver refuge, où aller...

De partout, la poussière de la déprime me tombait sur la tête, voilant ma vue, me montrant le monde comme une immense et invariable grisaille.

Vers midi, au hasard de mes pas et de mon spleen, je croisai le visage de Farrah Fawcett.

Et soudain l'Univers se remplit d’éclairs, de neige et de gloire.

La vie, l'allégresse, les saveurs de la Création revenaient en moi. Le goût des choses simples et vraies de l'existence se réveillait en mon esprit mis en appétit par la féerique apparition.

Oiseaux multicolores et rats ténébreux, choux-fleurs et étoiles, cafards et montagnes : les insignifiances tout comme les causes essentielles étaient à présent pleines de sel et de sens à mes yeux.

Puis vers le soir le temps se couvrit, la pluie arriva et la ville fut froide et trempée.

Alors pour les gens de la cité tout devint morose et léthargique.

Et dans ce décor sinistre, sous cet air maussade, en cette heure mortelle, moi je trouvais assez de place pour y loger mon bonheur.

mardi 7 janvier 2020

91 - Vénus aux trois fromages

Je commandai des spaghettis aux trois fromages. 

Lorsque le serveur déposa le mets fumant sur ma table, les jaunes et longs vermicelles m'évoquèrent aussitôt la chevelure dorée, cascadante et enflammée de Farrah Fawcett.

Et là, au centre du plat de pâtes son clair visage émergea.

Sa face soudaine, auréolée de cette gerbe de nouilles luisantes de lipides, était un enchantement alimentaire mais surtout un émoi esthétique inédit aux parfums culinaires de joyeux gruyère mêlé de parmesan rance et de gorgonzola capiteux.

Je demeurai figé devant mon assiette, subjugué par les traits de la Vénus apparue à mon repas, comme une communion sacrée et mystérieuse entre le ciel des oiseaux rares et la terre des gastronomes inspirés.

Je ne quittai pas l'apparition du regard.

Conscient du trésor que représentait cette image radieuse, je décidai de me nourrir de la lumière émanant de la "manne".

Le festin devenait purement spirituel et non plus strictement stomacal. Le poétique prenait le pas sur le gustatif.

Me réjouissant de ce banquet incorporel, je fis bombance de beauté.

Et je me délectai d'éther, d'azur, de clarté.

A la fin de ma contemplation les féculents garnis de gras furent froid.

Je partis du restaurant sans avoir touché à ma commande.

Je payai, offris même un généreux pourboire, repus de pureté, de gloire et d'idéal.

Et fus pris pour un cornichon.

lundi 6 janvier 2020

90 - Rêve glacé

Sous la pluie de mars, à l'heure des giboulées, délicieuses et cruelles, j'aime à me figurer les traits floraux de Farrah Fawcett.

La grisaille revigorante de cette mortelle saison, alliée à la lumière transfigurante de cette céleste cause, décuple mon trouble, alimente mon divin malaise, ajoute une ivresse esthétique à mon vertige mélancolique.

Alors pour moi le ciel s'élargit, la couche nuageuse prend à mes yeux des allures allégoriques et des images magnifiques chargées de tristesse apparaissent non pas dans les nues mais dans mon âme.

Je me nourris de cette langueur pour en faire des flammes, me délecte de la lourdeur de cette déprime pour qu'en surgissent des fleurs.

Le spleen me pousse à la légèreté.

La désolation, le froid, la terre trempée, noire, sinistre me bercent tendrement de leur chant de mort.

Loin d'effacer ma funèbre allégresse, la présence dans mon esprit des éclats vénusiaques de Farrah Fawcett m'ouvre les portes d'une joie austère et glaciale.

89 - Neige sans fin

Sous la lumière irréelle de cette femme, le blanc s'impose à mon esprit d'esthète avisé.

Non l'éclat ordinaire, banal, fade d'une neige plate et placide sur un paysage statique, mais l'or étincelant du givre qui brûle les potagers, l'eau sèche de la grêle qui fouette les visages, le brouillard pénétrant et plein de mystère qui éclaire les nuits et sublime les clairs de lune.

Farrah Fawcett irradiait de blancheur.

Comme si son ineffable beauté était le fruit d'une inexplicable alchimie entre sa chair de mortelle et l'onde gelée de la terre qui, quelque part dans l'éther des poètes ou des anges, auraient pactisé pour que naisse une vivante statue stellaire aux traits nivéens... Et qu'elle témoigne, à travers sa miraculeuse incarnation, des folles promesses célestes.

Je vois également sur sa face de phosphore le feu doux et éternel de la Voie Lactée qui brille dans un infini ponctué de flocons de ténèbres aux ailes comme des soleils, flammes filantes porteuses de rêves.

Bref, ma conscience, sous l'effet de cette force esthétique, ne discerne plus que l'essence des choses et des êtres : à la place des rides et autres menues laideurs d'une vieillesse à laquelle cette étoile n'échappa pourtant point, je ne retiens que les gloires gravées dans ma mémoire.

Et je suis aussitôt ébloui par l'éruption de millions de papillons s'envolant de sommets enneigés vers toujours plus de clarté.

88 - Vue perçante

A deux doigts de ses lèvres, je suis au bord d’une piscine. A travers l’éther de son regard, je me retrouve en plein azur. Au sommet de son front, je plonge dans l’horizon.

Dés que je pense à Farrah Fawcett, je ne perçois plus que du bleu !

Et pour le reste n’y vois que du feu.

Ignorant candidement les écoulement nauséeux de ses grumeleuses ou gluantes humeurs féminines, les profanations merdeuses de ses outrances intestinales, les outrages corporels de ses femelles dérangements, je me noie dans les fumées cérulescentes de mes rêves les plus fous...

Et dans les fluides les plus sains car enfin c’est avant tout l’or du ciel qui m’agrée. C’est à dire, l’air d’en haut.

Même sa chevelure de fauve me montre un fleuve avec plein de nuages qui glissent au fond.

C’est la couleur céleste que le lis sur sa face. L’éclat des cimes. Aux antipodes des ternes artichauts et des pâles pâquerettes qui stagnent au sol.

Aux abords de sa bouche, je suis au-dessus de l’eau. Dans la mer de ses pupilles, j’aperçois le plein océan. Dans les hauteurs de de son visage, je me perds dans le grand large.

Depuis la terre jusqu’aux nues, décidément, avec elle j’ai des ailes dans les yeux.

lundi 30 décembre 2019

87 - Acuité esthétique

Elle devait, comme tout hôte de la Terre soumis aux impératifs biologiques, puer des pieds, j'imagine, surtout quand elle ne se les lavait pas, les jours de chaleur et de crasse.

En cela elle n'était guère différente des autres femelles bipèdes de son siècle, certes.

Ce qui radicalement la distinguait du reste des femmes, c'est qu'elle n'était pas une femelle.

Mais un fromage solaire, un pissenlit stellaire, une tomate éthéréenne.

Bref, un tournesol magnétique. 

Plus rien à voir donc avec les habituelles associations d'images parfumées de rose et de lavande (ou même de soufre et de miel) et autres communes comparaisons humano-florales ou célesto-vénéneuses plus ou moins somptueuses qui de tout temps ont fait l'unanimité dans les âmes les plus lumineuse comme dans les livres aux pages éternelles.

Avec Farrah Fawcett, c'est le triomphe inattendu de la carotte et du champignon, du cornichon et de la patate, par leur systématique surenchère et mise aux sommets.

En vertu du miracle esthétique consistant, après l'éblouissement, à percevoir désormais la part de Cosmos à travers les éléments les plus "saugrenus" de la Création.

Eveillé par sa face admirable, je ne peux, sous la force-même de son éclat irradiant, que reconnaître le divin lu sur le potiron, louer le Ciel qui transparaît à travers la laitue, chanter l'infini qui se dévoile sous le petit pois.

En un mot cette créature qui était loin d'être une simple fille tant elle était proche des nuages m'a révélé la valeur mystérieuse et belle du caillou autant que du brin d'herbe, de la goutte de pluie comme du grain de sable, du lait caillé ainsi que des légumes.

Mais c'est aussi parce qu'il y a une hiérarchie dans la beauté que, définitivement, elle m'a dégoûté des laiderons !

VOIR LES DEUX VIDEOS :


https://youtu.be/0GV8x0XxgvA

https://youtu.be/taRU4Qg5TQ0

samedi 28 décembre 2019

86 - Mots de face

Pour ses lèvres d'étincelles aux baisers de lumière, je ne baverai pas tel un flasque escargot mais émettrai la seule écume qui vaille.

Celle, bleue, aérienne, lyrique, de ma plume.

Dans mes mirages d'eau douce et mes nuits de feu, je n'y vois certes que du vague mais aussi du haut.

Moi l'enclume, elle la grenouille. Moi la Lune, elle la nouille. Moi la citrouille, elle l'agrume.

Dans mes flots de brumes et mes évasions nocturnes, je n'espère que le jour.

Elle l'autruche, moi l'andouille. Elle l'ampoule, moi la baudruche. Elle la cruche, moi le topinambour.

Dans mes flux verveux et mes bulles verbeuses je mêle allègrement les mots de ruses et les fausses  lettres, ou plutôt les fausses muses et les fautes de lettres rien que pour parler en toute fêtes de Farrah Fawcett !

Voyez comme je perds pieds avec ivresse et vertiges dans les flaques vertes des mots qui rient... 

Et ne riment à rien.

Se moquer des mots, c'est smoker en smoking dans le fog, c'est-à-dire partir en fumée dans le brouillard.

Bref, lire cela sans la lyre, ce serait comme délirer sans rire : un truc de dingue.

Or je vous demande de n'être ici ni sot ni sec mais de remettre cela dans l'ordre que vous voudrez et ainsi d'éprouver la flamme de la Beauté dans les immensités éclatantes de l'esprit qui vogue et navigue à vue de nues.

Pour ses sables de rêve aux caresses de nuages, je ne m'étendrai pas en mornes et perpétuelles platitudes mais bien au contraire ferai jaillir de belles gerbes d'écriture...

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/mw2NXOShZME

lundi 16 décembre 2019

85 - Vue du Nord

Elle était comme une longue coulée de miel. Avec, dans ce flot de lumière dorée, des éclats d'azur, de silex, de rêves et de gloire.

Rien de cornichonesque en elle, tout de céleste au contraire.

Non que le croquant légume de nos potagers soit chose maudite, méprisable ou simplement négligeable, mais il faut admettre que son aspect typiquement biscornu est difficilement compatible avec la face régulière, affable et même admirable de celle à qui je l'oppose : Farrah Fawcett.

Laquelle était bien plus proche de la reine des étoiles  que de l'impératrice des batraciennes et beaucoup plus semblable à la brillante Lune qu'à un nonchalant plan de tomates.

Mais ceci est surtout une affaire d'appréciation personnelle, certes.

Aussi, osé-je la comparer sans craindre de me fourvoyer dans les égarements impardonnables du mauvais goût, non pas à la princesse des planètes soit aqueuses soit sulfureuses mais plutôt aux galets de mon enfance qui depuis toute éternité roulaient sur la plage de Cayeux-sur-Mer.

Tout modestement mais en même temps tout divinement.

Et fort de cette vérité plus constante que n'importe quel mirage flatteur, je me ressasse sans me lasser le ressac des jours jamais oubliés de ma jeunesse révolue, entre les interminables, mélancoliques champs de betteraves de l'automne et, l'été venu, les mystérieux horizons maritimes des rivages du Nord.

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/0_u3e2bUCPk

jeudi 5 décembre 2019

84 - Le sens du ciel

Son front était un sommet noyé dans l'azur, son regard se faisait vague comme un nuage d'interrogations et ses lèvres s'ouvraient sur un flot de mystères pour se refermer sur un champ de fleurs.

Tel était le visage idyllique de cette créature quasi éthérique nommée Farrah Fawcett que je vous présente ici en des termes celesto-lyriques.

Avec ses allures cosmico-florales, elle volait dans la lumière, allant de cimes flamboyantes en hauteurs sublimes, côtoyant étoiles et papillons, glorieuse de sa seule et galactique beauté.

Et redescendait parfois vers notre monde, je suppose, afin de prendre le temps de bien déféquer comme il faut.

Dans le secret pudique des non-dits. Aux antipodes de mon esthète conception.

Aux prises avec la plus pesante des réalités.

A l'abri, à l'ombre, en silence. Loin de tout, hors du visible. Surtout hors du visible...

Tout au fond de la terre.

Le choc entre la finesse du firmament et la brutalité de la merde.

Et pourtant, l'effet le plus admirable qui se produit en moi lorsque j'ose imaginer l'impensable, le prodige qui s'opère et me protège de cette triviale perception de la chose -car une vision aussi lourde serait un comble pour tout dévot de l'olympienne légèreté de l'existence-, c'est que dans la salutaire fulgurance de mon âme emportée dans quelque tourbillon divin, j'oublie royalement la matière et ignore plus encore ses gouffres !

Alors je reprends mon luth, inspiré par l'éclat du ciel, la vue dirigée vers l'essentiel et poursuis ma route idéale, riche de mes mots choisis, ivre de mets rares :

Son front était un vertige baignant dans un océan de bleu, son regard se perdait dans les airs et ses lèvres en disaient long sur tout le reste...

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/QvvJIZ9ampw

dimanche 1 décembre 2019

83 - Plume d'autruche

La Lune est une bulle, la brume c'est de la littérature et l'une et l'autre résument la face évanescente de Farrah Fawcett.

Avec ses yeux pareils à des nébuleuses..

Je mêle volontiers les airs azuréens de son visage aérien aux rêves éthéréens et ailes d'autruche du satellite jaune glissant sur le brouillard argenté.

Le globe mort et muet plein de silence dans son espace impassible est lourd comme un énorme oiseau stupide, certes. Mais il a les grâces ineffables des mystères éternels qui tournent dans le ciel et brillent dans l'infini.

L'astre éteint que fut cette Vénus était devenu pitoyable, terne, flasque et ridé : le temps fane et flétrit toutes les femmes de la Terre. Telle est la cruelle loi du Cosmos. Pourtant persistait sur ses traits avariés la marque indélébile d'une flamme unique, le reste d'une lumière inoubliable.

En pourrissant par la chair et donc en dépassant les temporelles apparences, elle renaît ainsi qu'un fantôme éclatant dans l'éternité d'un firmament idéalisé, à l'image de la blonde et spectrale vagabonde de notre zénith...

Et continue de resplendir dans la tête de tout esthète.

C'est ça la puissance et l'enchantement de ma plume qui, en toutes lettres, s'émeut du poids d'un volatile et de la destinée d'une étoile et, au lieu de partir en fumée ou en vrille et finir en queue de poisson, retombe sur ses pieds puis s'envole en beauté !

vendredi 15 novembre 2019

82 - Plongeon céleste

J'avais douze ans et peut-être déjà même un âge d'or oublié de tous, éphémère et fulgurant.

A mes yeux puérils le monde dans ses lignes magistrales se composait du Soleil, de la Lune, de l'horizon, des nuages, d'éclatantes et sombres étendues, des mystérieuses étoiles, d'océans inconnus...

Mais il y avait autre chose derrière tous ces astres, ces espaces, ces créations palpables.

Un vertige esthétique à la hauteur de ces miracles, de ces magnificences de l'Univers, une cause intime nommée "Farrah Fawcett".

La matière s'allégeait, la réalité pour moi se prolongeait à l'infini, à la verticale, et je comprenais que l'esprit soutenait le roc, que la lumière nourrissait tous les principes, profanes ou sacrés, minuscules ou grandioses.

Transfiguré par cette révélation, je volais, partant du sol jusqu'à l'invisible, voyageais d'immensités en sommets.

Et tout au bout du Cosmos, plus loin que la physique et ses lois, il y avait mon âme.

Là siégeaient la Beauté, la Poésie, l'Amour.

Et je ne voyais plus que la face de celle qui ressemblait tant à la divine présence.